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  • mel113

Quand c’est la vie qui décide

Harmonie Matthey habite en Suisse, dans le canton de Neuchâtel, et est une future jeune quarantenaire ! (Elle passera le cap l’année prochaine.) Nous avons découvert son compte Instagram @harmoniematthey lors de nos recherches de parents n’ayant qu’un seul enfant et il a particulièrement retenu notre attention. Ce n’est pas parce qu’il contient un feed à couper le souffle (Harmonie est community manager et créatrice de contenus), mais parce qu’il s’en dégage une réelle douceur et une envie de partage. Nous avons donc décidé d’entrer en contact avec elle et nous avons bien fait, car l’histoire de cette femme, mariée depuis 14 ans et maman d’une fille de 11 ans, risque de résonner chez plusieurs d’entre vous !


Était-ce une volonté dans votre couple dès le départ de n’avoir qu’un seul enfant ?

Non, pas du tout. Sur mon blog, j’ai rédigé un article il y a un certain temps concernant la naissance prématurée de ma fille. Elle est née grande prématurée, à 28 semaines, des suites d’une prééclampsie. C’est une maladie de grossesse qui allie l’hypertension artérielle et la présence de protéines. Elle peut être dangereuse pour la mère et pour l’enfant. Elle a provoqué chez moi une hypertension quotidienne pour laquelle je suis traitée, et bien que ce ne soit pas systématique, les risques d’avoir de nouveau une prééclampsie lors d’une nouvelle grossesse sont assez élevés. Nous n’avons donc pas retenté notre chance, car nous avions très peur d’avoir de nouveau un enfant prématuré.

Votre fille est-elle restée longtemps en couveuse ?

Oui, elle est restée deux mois dans le service de néonatalité, et, à la base, elle devait même en rester trois. Elle n’a pas rencontré de grande complication, ce qui explique qu’elle n’est restée que deux mois en couveuse et sous oxygène. Elle pesait moins d’un kilo à sa naissance, 870 grammes. Nous avons conscience que nous avons eu énormément de chance, car elle n’a pas eu de séquelles liées à sa prématurité.


Lorsque vous avez pris conscience que vous n’auriez pas d’autre enfant, quelle a été votre réaction ?

Il y a eu un gros travail de « deuil » à faire. Mon mari a une sœur et nous sommes tous les deux les aînés d’une fratrie, donc, pour nous, il était évident que nous aurions deux enfants. Il n’avait jamais été question d’en avoir qu’un. Après mon accouchement, il m’a paru assez évident que nous n’aurions pas de second enfant, mais après deux ou trois ans, lorsque l’épisode « couches » s’est terminé et que tout est devenu un peu plus facile, mon envie de maternité a vraiment repris le dessus. Je me suis alors renseignée auprès de ma gynécologue afin de savoir concrètement quels étaient les risques. Mais tout était très flou parce que les avancées des études sur la prééclampsie ne sont pas rapides et personne n’est capable de dire assurément quels sont les risques d’une seconde grossesse. Alors peut-être que j’aurais eu une grossesse où tout se serait très bien passé, mais cela aurait aussi pu être pire que la première fois. Lorsqu’on a déjà eu un enfant qui a failli mourir, la question ne se pose pas. Avec ma fille Lina, j’ai un lien très particulier dû au fait qu’elle a été grande prématurée. Cela m’a demandé énormément de temps. J’étais tous les jours, pendant deux mois, dans le service de néonatalité. J’avais cette chance de ne pas avoir un autre enfant à ce moment-là et de pouvoir consacrer absolument tout mon temps à ma fille. On s’est donc dit, avec mon mari, que si on avait un second enfant prématuré, je n’aurais plus cette disponibilité. Et je l’ai vu dans le service de néonat à l’époque : les parents de plusieurs enfants ne pouvaient évidemment pas être aussi présents. Et c’est quelque chose que je ne peux pas envisager. C’est cette réalisation qui a mis un frein considérable à cette envie d’avoir un autre enfant. Finalement, nous avons mis cette envie de côté. Puis, lorsque Lina a eu 6 ou 7 ans, elle est revenue. À cette période, nous étions en vacances et je voyais des frères et sœurs avec une différence d’âge de 6/7 ans. Je pouvais voir le lien précieux qui existait entre eux. Donc, de nouveau, nous avons pesé le pour et le contre, et une fois encore, nous avons décidé de ne pas faire de second enfant. Il faut préciser aussi que Lina a très mal dormi pendant 10 ans. Cela a été extrêmement fatigant. Mon mari et moi n’avons jamais passé de nuit complète, il y avait toujours un réveil, voire plusieurs, et nous étions donc exténués. Je voyais mes amies qui avaient plusieurs enfants et qui étaient sous l’eau quand j’ai moi-même mis des années à retrouver un équilibre. J’ai mis 10 ans, en fait. Notre vie de couple a aussi été mise à mal car j’étais très angoissée à l’idée de faire garder Lina, donc nous ne la laissions que très peu. Donc, 10 ans après, lorsqu’on a enfin pu avoir de vraies nuits, nous avons aussi retrouvé notre vie de couple et on ne se voyait pas tout recommencer avec un deuxième enfant. Finalement, la nature a bien fait les choses.


Ce genre d’épreuve de parentalité est compliqué pour le couple, non ?

Oui, je pense que c’est quitte ou double. En ce qui nous concerne, cette épreuve a renforcé notre couple, parce que j’ai un mari à l’écoute, qui a été très patient. Lorsqu’on traverse une prématurité, vous êtes tellement focus sur le bébé que tout autour de vous disparaît. Ce n’est qu’au bout d’un an et demi après la naissance de ma fille que j’ai compris l’ampleur de ce qui s’était passé. Pendant, on a la tête dans le guidon. J’ai d’ailleurs travaillé avec un psy pour calmer mes angoisses. Le couple est important et doit aussi reprendre le dessus dans ce genre d’histoires. Mais si la maman est au fond du bac, c’est compliqué.


Diriez-vous que vous avez tissé des liens très forts avec votre fille ?

Oui, tout à fait. C’est vrai qu’on est toujours dans la « première fois » avec un enfant unique. En ce qui me concerne, je suis l’aînée d’une fratrie et j’avais toujours l’impression de montrer le chemin, d’une certaine manière, alors qu’avec Lina, c’est tout autre chose. Cela dit, nous avons remarqué que c’est une enfant extrêmement sociable, ce qui n’était pas mon cas, par exemple. Moi, j’avais très peu de différence d’âge avec mes frères et nous restions tout le temps ensemble, même en vacances. On ne se mêlait pas aux autres enfants. Ma fille, elle, n’a pas le choix. Si elle a envie de jouer, elle doit aller vers les autres enfants. Je trouve que c’est un immense atout qu’elle a et que, moi, je n’ai pas, par exemple.





C’est le cas pour Lina en tout cas, c’est sûr. Après, je ne sais pas pour les autres enfants. La plupart de nos amis en ont plusieurs et nous ne connaissons pas d’autres parents n’ayant qu’un seul enfant, c’est donc difficile d’échanger à ce sujet avec d’autres adultes.

Appréhendez-vous le fait qu’elle soit seule ?

Pas du tout. Je sais que c’est une crainte de beaucoup de parents d’enfants uniques, mais en ce qui nous concerne, nous avons une famille soudée. La sœur de mon mari a deux garçons et ils sont très proches de ma fille. Elle a un lien très particulier avec tous les membres de la famille. Peut-être est-ce dû à son début de vie compliqué. En tout cas, elle fait beaucoup de choses avec ses cousins. De ce fait, le jour où nous ne serons plus là, elle ne sera pas seule.

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